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Infidélité des Français : un demi-siècle de sondages décortiqués

Main tenant un stylo au-dessus d'un graphique en barres imprimé, sur une table en bois

En 2014, 43 % des Français interrogés par l'Ifop disaient avoir déjà trompé leur partenaire, contre 19 % en 1970. Les statistiques de l'infidélité en France reposent sur une poignée d'enquêtes déclaratives : écart durable entre hommes et femmes infidèles, puis recul net chez les Françaises en 2025.

Quatre repères avant de citer un pourcentage

Ampleur
De 19 % en 1970 à 43 % en 2014 pour une infidélité vécue au moins une fois dans la vie.
Écart entre les sexes
Les hommes se déclarent plus souvent infidèles, mais la part des femmes passe de 10 % à 37 % entre 1970 et 2019.
Inflexion
26 % des Françaises en 2025, contre 33 % en 2016, pendant que le couple libre consenti progresse.
Limite
Toutes ces données ont été recueillies par questionnaire : elles mesurent ce que chaque personne accepte de dire.

D'où viennent les données sur l'infidélité en France ?

Les données sur l'infidélité en France proviennent presque tous d'un seul institut de sondage, l'Ifop, et d'aucune source administrative. Aucun registre ne recense les aventures extraconjugales, et l'adultère ne constitue plus un délit pénal depuis la loi de 1975 sur le divorce. Il reste une cause possible de divorce pour faute, mais les tribunaux ne publient aucune statistique qui permettrait d'en mesurer la fréquence.

Les commanditaires changent d'une époque à l'autre. La première grande enquête, en 1970, répond à une demande du Planning familial ; la chaîne M6 finance celle de 2001 ; le site de rencontre extraconjugale Gleeden prend le relais à partir des années 2010 et publie depuis un observatoire régulier, souvent à l'occasion de la journée de l'infidélité. Ces études de société mêlent donc sciences humaines et communication commerciale, ce qui ne les invalide pas mais invite à lire la méthode avant le résultat. Les chercheurs en science politique et en sociologie de la famille les citent faute de mieux, en rappelant qu'aucune n'a de comité scientifique indépendant.

La question posée varie peu : « Vous est-il arrivé d'avoir un rapport sexuel avec une autre personne que votre conjoint du moment ? ». Les échantillons sont construits selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession, région) et comptent de quelques centaines à plusieurs milliers de répondants. Une réponse positive signifie une relation sexuelle hors du couple au moins une fois au cours de leur vie, et non une liaison en cours.

Six vagues d'enquête, de 1970 à 2025

Les six vagues d'enquête sur l'infidélité des Français tiennent dans un tableau, avec la date du terrain, la taille de l'échantillon et la proportion de répondants infidèles sur toute une vie, pour l'ensemble des répondants puis par sexe.

EnquêteÉchantillonEnsembleHommesFemmes
Planning familial, 19702 625 personnes mariées ou anciennement mariées19 %30 %10 %
M6, septembre 2001953 sondés, par téléphone30 %39 %24 %
Gleeden, janvier 2014804 sondés, en ligne43 %55 %32 %
Gleeden, mars 20162 000 sondés, en ligne41 %49 %33 %
Gleeden, avril 20191 000 Françaises sur 5 026 Européennesnon mesurénon mesuré37 %
Gleeden, avril 20252 000 sondés, en lignenon publiénon publié26 %

Ces pourcentages ne se comparent pas au point près. Le mode de recueil passe du papier au téléphone puis à internet, et la population visée s'élargit : les seules personnes mariées en 1970, toutes celles qui ont connu une relation de couple stable ensuite. Ce changement de méthode rend difficile toute lecture fine d'une vague à l'autre, d'autant que les répondants en ligne livrent en général plus volontiers des comportements intimes qu'au téléphone.

La tendance de fond, elle, ne fait guère de doute : l'infidélité déclarée progresse sans interruption de 1970 au milieu des années 2010, avant une première baisse mesurée chez les Françaises en 2025. Aucune enquête publique, de l'Insee ou de l'Ined, ne fournit de série comparable pour vérifier ces niveaux.

Quel est le taux d'infidélité par sexe ?

Le taux d'infidélité par sexe reste à l'avantage des hommes dans toutes les vagues de l'Ifop, qui qualifie l'extra-conjugalité de « phénomène majoritairement masculin ». L'infidélité masculine reste donc plus fréquente que l'infidélité féminine, mais la distance entre les deux sexes se réduit : 20 points en 1970, 23 en 2014, 16 en 2016. La hausse la plus nette concerne les femmes, et l'institut l'explique en partie par leur autonomie financière et leur vie professionnelle.

Une infidélité masculine proche de la moitié des hommes

L'infidélité masculine déclarée passe de 30 % en 1970 à 39 % en 2001, puis se situe entre 49 % et 55 % dans les vagues de 2014 et 2016. En 2014, plus d'un homme sur deux admettait avoir fait l'amour avec une autre personne que sa partenaire. Cette infidélité masculine plafonne depuis 2014 sans repartir en hausse. Les motifs que donnent les intéressés, de la routine au besoin de se sentir désiré, se retrouvent dans les témoignages recueillis par les sociologues ; les sondages, eux, n'en mesurent que la fréquence.

Chez les femmes, une progression continue jusqu'en 2019

La part des femmes qui se disent infidèles au cours de leur vie passe de 10 % en 1970 à 24 % en 2001, 32 % en 2014, puis 37 % en 2019, soit 5 points de plus en cinq ans. L'enquête européenne de 2019 sur l'infidélité féminine relève un jugement bien plus sévère pour l'épouse qui trompe : 77 % des répondantes de l'Hexagone citent ce cas comme le plus choquant pour l'entourage, contre 23 % pour un mari volage. Ce jugement plus dur que pour l'infidélité masculine pousse sans doute une partie des répondantes à taire leurs écarts. Les raisons qui conduisent des femmes à tromper leur mari tiennent souvent à l'insatisfaction affective plus qu'au seul désir.

Âge, milieu, ville : qui se déclare le plus souvent infidèle ?

Les profils qui se déclarent le plus souvent infidèles se dessinent nettement dans les vagues de 2014 et 2019, toujours à partir de déclarations :

  • l'âge : en 2014, 66 % des hommes de plus de 50 ans rapportaient au moins une relation sexuelle extraconjugale, un taux qui reflète aussi la durée de vie conjugale accumulée ;
  • la profession : 53 % des hommes cadres ou de catégorie supérieure en 2014 ; en 2019, 19 % des répondantes de catégorie supérieure avaient trompé leur partenaire actuel, contre 10 % dans les classes populaires ;
  • le lieu de résidence : 20 % des femmes vivant au centre d'une grande agglomération, contre 10 % en milieu rural (2019) ;
  • la satisfaction : en 2019, la proportion monte à 21 % parmi les répondantes insatisfaites de leur relation.

Les classements des « villes les plus infidèles de France », publiés chaque hiver par des sites de rencontre et repris par la presse locale, obéissent à une autre logique. Paris, Lyon, Nice ou Montpellier y reviennent souvent parce que le palmarès rapporte le nombre d'inscrits d'un service à la population locale. Ce calcul renseigne sur l'usage d'une application, pas sur le comportement des habitants, et ne vaut pas une enquête représentative : une agglomération étudiante ou touristique, où les jeunes adultes et les visiteurs sont nombreux, y gagne mécaniquement des places.

Comment la société française juge-t-elle l'infidélité ?

La société française juge l'infidélité plus sévèrement que ne le laissent penser les taux déclarés. L'étude réalisée du 7 au 9 janvier 2014 range ce décalage parmi ses principaux enseignements : la hausse des comportements ne s'accompagne pas d'une tolérance accrue.

En 2014, 68 % des Français croyaient possible de rester fidèle toute sa vie à la même personne ; chez les femmes, cette conviction recule de 86 % en 1976 à 69 %. L'idée qu'on peut aimer quelqu'un tout en le trompant progresse : 63 % des sondés vivant à deux la partagent, contre 53 % en 2010, mais 44 % considèrent que « cela dépend des circonstances ». Une large part des répondants considèrent l'amour et l'exclusivité sexuelle comme deux choses distinctes, ou n'admettent l'écart que sous condition. Les plus jeunes partagent davantage cette vision que leurs aînés, qui considèrent plus souvent la fidélité comme une promesse sans exception.

La tentation reste réelle : 35 % des répondants de 2014 disaient qu'ils pourraient tromper leur partenaire s'ils étaient sûrs que personne ne l'apprendrait, 43 % des hommes et 27 % des femmes. Un Français sur deux (49 %) pensait aussi que son partenaire l'avait déjà trompé, les femmes (53 %) plus que les hommes (45 %). Ces réponses montrent une fidélité toujours valorisée comme norme, au sein du couple comme dans l'opinion, alors que la pratique s'en écarte pour une forte minorité.

Pourquoi l'infidélité cachée recule-t-elle depuis 2016 ?

L'infidélité cachée recule chez les femmes en France depuis 2016 selon la vague d'avril 2025, conduite auprès de 2 000 sondés : 26 % d'entre elles admettent avoir trompé un conjoint au cours de leur existence, contre 33 % neuf ans plus tôt, soit 7 points de moins.

Pour cette raison, l'institut y voit en partie l'effet de modèles qui autorisent les relations extérieures avec l'accord des deux partenaires. Selon l'enquête Ifop de 2025 sur le couple libre, 15 % des Français ayant connu une relation stable ont vécu une relation ouverte, et 8 % de ceux qui vivent en union disent l'être aujourd'hui, deux fois plus à Paris (17 %). Côté féminin, la part en relation libre passe de 1 % en 2017 à 5 % en 2025.

Ces arrangements ne relèvent pas de la tromperie puisqu'ils sont consentis : une partie des aventures autrefois dissimulées se déclare désormais comme un accord. Les formes que prennent le couple libre et le polyamour, du simple droit à l'aventure à la relation à trois, expliquent pourquoi les sondeurs ajoutent depuis peu des questions sur le consentement du partenaire.

La France comparée à ses voisins européens

La France ne se distingue guère de ses voisins européens quand la question posée est identique, ce qui nuance l'image d'un pays « champion de l'infidélité ». L'enquête de 2014 porte sur six pays (France, Allemagne, Espagne, Italie, Belgique, Royaume-Uni) avec 800 sondés dans chacun, celle de 2019 sur 5 026 femmes dans cinq pays.

En 2019, la part d'Européennes en relation ayant eu un rapport avec un autre homme que leur conjoint actuel atteint 14 % en France, tout près de la moyenne des voisins (15 %). La situation française n'a donc rien d'une exception à l'échelle de l'Europe. Entre les pays du sud, comme l'Italie et l'Espagne, et ceux du nord, les différences tiennent autant aux normes culturelles et à la manière de répondre qu'aux comportements eux-mêmes. Les enquêtes conduites hors d'Europe, notamment aux États-Unis avec la General Social Survey, utilisent d'autres questions et ne se comparent pas directement aux séries françaises.

Baisers, messages, écrans : quand la définition change le taux

Le taux d'infidélité change du simple au double selon la définition retenue par le questionnaire. En 2014, 46 % des Français avaient embrassé une autre personne que leur partenaire, et 50 % reconnaissaient un jeu de séduction hors de leur union, parfois par échange de messages.

L'infidélité dite psychique est plus répandue encore : 76 % des hommes et 67 % des femmes ont rêvé d'une relation avec quelqu'un d'autre. Chez les plus jeunes, les réseaux sociaux ajoutent une dimension virtuelle : en 2019, 51 % des Européennes de moins de 25 ans en avaient une pratique, comme suivre de près le compte d'un ex ou échanger des messages ambigus. Ces gestes échappent aux indicateurs classiques, mais le conjoint les vit souvent comme une trahison. Le site Gleeden interroge désormais aussi les usages sexuels de l'intelligence artificielle ; faute de série ancienne, ces premiers résultats ne disent encore rien d'une tendance.

Lire un sondage sur l'infidélité sans contresens

Un sondage sur l'infidélité se lit en vérifiant quatre éléments avant tout pourcentage repris dans un article ou une conversation :

  1. la date du terrain, et non celle de la publication ;
  2. la taille de l'échantillon et le mode de recueil (téléphone, en ligne) ;
  3. la population interrogée : personnes en couple, mariées ou ayant déjà connu une relation stable ;
  4. la question exacte : « avoir trompé au moins une fois dans sa vie » ou « tromper son partenaire actuel ».

Le dernier point pèse le plus. En 2016, l'infidélité envers le partenaire actuel ne concernait que 18 % des personnes en relation (25 % des hommes, 10 % des femmes), contre 41 % pour l'infidélité sur toute une vie. Pour la même raison, une nouvelle enquête qui change de formulation ne se compare pas aux précédentes. Le détail des questions figure dans le rapport Ifop de 2016 sur les Français et l'infidélité, qui publie aussi les résultats par âge et par profession.

Infidélité et taux de divorce : un lien que les sondages ne prouvent pas

L'infidélité et le taux de divorce ne se relient pas statistiquement en France : les enquêtes mesurent la fréquence des aventures, rarement leurs suites. Une liaison peut rester secrète, conduire à une séparation ou, au contraire, à une remise en question qui consolide le lien conjugal.

La découverte d'une tromperie entraîne souvent une perte de confiance, de la jalousie et une détresse qui pèse sur la santé psychologique du partenaire trompé, un point bien documenté en psychologie du couple. Quand les disputes s'installent ou que l'un des deux perd le sommeil et l'appétit, un conseiller conjugal et familial, ou un psychologue formé à la thérapie de couple, aide à parler de ce qui s'est passé et à décider de la suite. Les étapes pour reconstruire son couple après une infidélité passent souvent par ce tiers ; en cas de séparation, un médiateur familial ou un avocat informe sur les démarches.

Mise à jour : novembre 2026, d'après les publications de l'Ifop disponibles à cette date.

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